Présage nocturne
Avant qu’il ne soit trop tard, la jeune femme alerta ses compagnons par un grand cri et les invita à regagner l’intérieur du Rover au plus vite.
-Quoi ?… Quoi ? Mais qu’avez-vous vu ? demanda la plus jeune.
Rien, rien, elle n’avait rien vue. Elle secoua la tête en grognant. Comment leur expliquer ? Tout ce qu’elle voyait de cette ville ressemblait trop à des horreurs dont elle avait déjà pu témoigner. Elle s’énervait, elle hésitait. Devrait-elle leur montrer les projections holographiques ? Triturant son voile d’un air incertain, elle se demandait si elle devrait l’enlever pour leur montrer ce qu’il advenait des survivants d’un tel désastre. Heureusement le plus vieux, sentant son trouble, vint à son aide. Il posa sa main sur son épaule et parla :
-« Je suis de l’avis de la Sinayanne. Mieux vaut attendre le jour avant de sortir. Nous ne savons pas dans quelle situation nous somme venu mettre le nez. Serait-il possible de cacher l’engin ? »
Oui, oui, tout de suite, exprima la conductrice par des signes. Elle alla s’enfermer dans la cabine et pilota jusqu’à l’ombre d’un grand mur, là où ils purent se dissimuler dans les décombres. Et là, ils attendirent. Assis en cercle, en silence dans l’habitacle du Rover, lequel portait encore suspendu les hamacs qu’elle y avait installé pour ses visiteurs.
L’étrangère distribua des rations et une goutte d’eau à chacun, ils mangèrent sans goût.
Pour s’alimenter, la Sinayanne alla s’enfermer dans le cockpit pour retirer ses voiles sans qu’on ne la voie, et ainsi avaler quelques nourritures. Laissant sa couchette au chef de famille, elle sommeillait sur son fauteuil de conducteur lorsqu’un mouvement attira son attention. Elle colla son œil sur la vitre. Oui, il y avait des formes qui bougeaient à l’extérieur. Elle éteignit toutes les lumières.
Des coups furent frappés sur les parois du Rover, puis des griffes s’y usèrent en vain. Un grand cri de rage (de douleur) puis, plus rien.
Transis, sans même oser parler, ils attendirent que le jour se lève.
L’aube pointa timidement ses raies écarlates. Nuls n’avaient trouvés le sommeil. Avant d’affronter la ville glauque, la jeune femme prit une lance étrange qui était accrochée au mur. Un bâton qui portait à son extrémité une pointe blanche vaguement luminescente. La batterie était presque morte et ne pouvait plus être rechargée complètement, mais avec son arme, la Sinayanne pourrait bien donner quelques décharges magnétiques avant d’avoir à se résoudre à ne l’utiliser que comme une simple trique. Mais aussi, et surtout, elle l’emmenait pour s’y aider à la marche. Affaiblit par la maladie, les carences et les nombreux cycles passés complètement sédentaire dans son Rover, elle n’était plus très en forme.
Briac
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