mercredi 29 novembre 2006

Le crépuscule des morts-vivants

La télépathie est une forme de communication étudiée dans plusieurs biblio-bars de grande-cité. On y enseigne notamment que la principale difficulté n'est pas de transmettre sa pensée, mais bien de reconnaître et interpréter la pensée d'autrui. Ni Baaren, ni Seren, ni Minaïa n'ont étudié la télépathie. Pourtant, même sans gestuelle, tous les trois auraient compris ce que la sinayanne venait de leur dire - dans son propre langage - à propos des créatures qu'ils venaient de découvrir et qu'elle semblait connaître. Seren résuma le tout :

[Seren]- okokokok si je comprends bien ce que la sinayanne veut nous dire, le paquet de ruines qui nous entoure est un nid de nécrosés morbides et sanguinaires qui vont vouloir notre peau une fois la nuit venue!
...
[Minaïa]- Son regard, froid, pétrifiant...

[Baaren]- Ils avaient forme humaine ... et cette fin atroce!

silence...

[Baaren]- Hum, je crois qu'on peut définitivement éliminer l'hypothèse du tremblement de terre!

[Seren, à lui-même]- Et dire qu'en ce moment même nous pourrions être en train de siroter une bonne alcolo-bière dans un biblio-bar de grande-cité si on avait décidé d'y rester une décade de plus!

[Minaïa]- Ça suffit! Vous êtes décourageants à la fin! C'est horrible ce qui s'est passé ici! Je veux pas finir comme ça!

Comme pour clore la discussion, la sinayanne leur fit un signe de la main qui voulait dire : "Y faut y aller maintenant! On n'a pas le temps d'attendre!". Tout le monde acquiesca et le groupe reprit son chemin de plus belle en direction du cube, faisant bien attention cette fois de ne pas s'approcher des coins sombres. Avec un peu de chance, on arriverait au cube avant la tombée de la nuit.

Malheureusement, le chemin n'était pas particulièrement dégagé de tout obstacle et la route était de plus en plus pénible pour la sinayanne. Au crépuscule, le cube apparaissait encore atteignable, mais Baaren commença a être rongé par le sentiment qu'ils n'y arriveraient pas... De partout, un crescendo de de bruits plus qu'inquiétants se faisait peu à peu entendre...

Arka

mardi 28 novembre 2006

La vermine







L’esclave s’était lourdement effondrée sur un bloc de pierre, les tempes bourdonnantes. Elle regrettait de plus en plus de ne pas leur avoir montré l’holovision de l’hécatombe de son peuple. Peut-être qu’ils auraient comprit. Ils sauraient maintenant, comme elle, que s’ils n’avaient pas encore croisé âme qui vive, c’était très mauvais signe. Car les habitants de la cité se cachaient de la lumière du soleil. Oui, sûrement, si on soulevait un mur ou qu’on explorait le moindrement les crevasses, on en trouverait un ou deux.

Mais le quatuor était encore incognito parmi eux. Lorsque les autres les trouveraient par contre, même le Rover ne serait pas assez pour les protéger, à supposer qu’il soit assez rapide pour les fuir.

Elle sentit soudainement le regard de ses compagnons s’appesantir sur elle. Pas besoin de comprendre leur langage. Ils se demandaient sûrement s’il valait mieux aller jusqu’au gros cube noir ou revenir. L’idéal aurait été d’aller jusqu’au cube avec le Rover. Mais les rues étaient trop encombrées pour qu’elle puisse y manœuvrer son engin. Ah ! Si seulement elle avait du carburant pour le propulseur, il aurait pu voler….

La petite voulait retourner au Rover, c’était évident. Elle tiraillait dans cette direction. Cependant la sinayanne était de l’avis qu’il vaudrait mieux continuer jusqu’au cube. Comment leur dire que les murs de l’édifice semblaient plus épais, assez pour les protéger. Et que les créatures n’étaient pas suffisamment intelligentes pour ouvrir une poignée de porte. En outre, sans doute s’y cachait-il quelque chose qui allait les renseigner sur la nature du désastre, en plus de la nourriture et aussi, qui sait, peut-être un remède pour elle.

D’un air autoritaire, le plus qu’elle pouvait, elle leur fit signe qu’il fallait aller de l’avant. En chemin, elle pointa un pan de mur effondré. Elle n’était pas l’un de ces êtres, mais elle sentait leur présence. Elle fit signe qu’il fallait le soulever.

Le jeune protesta. L’esclave tapa du pied, les poings sur les hanches et fit mine de soulever la grosse planche de bois toute seule. Conciliant, le père vint l’aider.

Minaïa poussa un cri d’horreur. La paroi rabattue leur révéla en enchevêtrement de plusieurs corps atrocement mutilés. Ceux-ci semblèrent s’éveiller au contact des rayons solaires et poussèrent des plaintes de douleur avant d’être réduit en poussière, crachant du sang par tous leur orifices.

La sinayanne tenta de leur expliquer qu’il y en avait partout de ces gens cachés. Que Lorsque le soleil se cacherait, ils sortiraient et se précipiteraient sur eux pour les … dévorer, les manger, ou les transformer en l’un des leurs. Que la gigantesque boite noire semblait un endroit solide pour se protéger d’eux.

Pâle comme la mort, les trois humains hâtèrent le pas vers l’édifice, en regardant avec angoisse le soleil qui redescendait derrière les ruines.

[Seren] – Hé ! Mais si ça se trouve, elle le savait depuis le début qu’il y avait des morts-vivants ici ? Et comment elle a sut qu’il y en avait sous ce mur ?

[Baaren] – Il y en a probablement sous toutes les pierres ici, ils se cachent comme les insectes. Mais je suis d’accord avec toi, c’est louche. Sauf qu’on va attendre d’être en sécurité avant de se poser d’autres questions.

[Seren] – En sécurité ? Vraiment ? Et qu’est-ce qui nous prouve qu’on est en sécurité avec elle ?

[Baaren] – Premièrement, on a pas le choix. Et deuxièmement… on a pas le choix non plus. Ce qui veut dire, marche donc et tais-toi.

[Minaïa] – Et que mangent-ils ces monstres quand il n’y a pas d’humains ?

[Seren] – Je suis sûr que tu ne veux pas le savoir.

Briac

lundi 27 novembre 2006

Le dilemme

L'étrangère était certes gentille, mais non moins mystérieuse car personne n'avait encore vu son visage. Quoi qu'il en soit, on n'osa pas la questionner sur le sujet. Après tout, elle leur avait probablement sauvé la vie en les accueillant dans son engin, en plus de partager ses maigres ressources avec eux.

Le Rover maintenant dissimulé parmi des décombres, à l'ombre d'un grand mur, tout le monde se prépara à sortir pour explorer la ville. Tout le monde ? Enfin, presque tout le monde...

[Minaïa]- Dis, Baaren, pourquoi est-ce qu'on va explorer cette ville ? Y a plus rien à faire ici pour nous!

[Baaren]- Écoute, Mini, aux dernières nouvelles, Fantangü était une ville prospère. Il s'est passé un événement horrible dans cette ville et je veux savoir lequel! En plus, on ne peut pas s'en retourner comme ça, sans vivres! J'avais prévu que nous ferions le plein de vivres ici et c'est ce que nous allons tenter de faire. C'est la seule solution! Je te le jure : une fois qu'on aura des vivres, on s'en retourne.

[Seren]- C'est qu'elle a peur la p'tite soeur, haha!

[Minaïa]- Oui j'ai peur! Vous avez entendu comme moi ce qui s'est passé cette nuit? Toi même, Seren, tu n'as même pas fermé l'oeil de la nuit! Et si on se fait attaquer, comment on va se défendre? Et qu'est-ce qui vous dit qu'on trouvera des vivres ici?

[Baaren]- J'ai le sentiment qu'on ne se fera pas attaquer. De toutes manières, Seren et moi on est là pour te protéger, petite. Pas vrai fils?

[Seren]- La protéger? Elle? Avec quoi? Cette petite dague que tu m'as donné il y a deux cycles et que je n'ai jamais eu l'occasion d'utiliser?

[Baaren]- Oui, justement! C'est une dague ancestrale ! Elle a appartenu à mon père qui l'a eu de son père, qui ...

[Seren]- Ça va, ça va, je connais la chanson...

[Baaren]- Donc tu sais qu'elle est magique!

[Seren]- Mouais... Et bien j'attends encore de savoir quel est son pouvoir!

[Baaren]- Elle a le pouvoir de te garder en vie, petit insolent! Sortons maintenant! Notre hôte est déjà prête!

[Minaïa]- J'aime pô çô...

Avant la fin de cette petite discussion de famille dont elle comprenait l'essentiel (à travers les émotions dégagées), la sinayanne s'était en effet levée pour aller chercher sa lance à décharge magnétique et se préparait à sortir, peut-être convaincue comme Baaren que la seule solution était d'explorer la ville.

Comme pour confirmer les craintes de Minaïa, l'extérieur n'avait rien de rassurant, même en plein jour. En effet, le vent qui passait dans les bâtiments éventrés jouait une mélodie plus qu'inquiétante, et le décor apocalyptique n'inspirait que la crainte.

Le groupe se résigna tout de même à avancer vers une brèche dans la muraille, non loin du Rover. Ce qu'ils découvrirent de l'autre côté ne présageait rien de bon : décombres par dessus décombres. Pourtant, aucun corps ne s'offrait à la vue malgré une vague odeur de mort transportée par le vent.

[Seren]- Où on va maintenant?

[Baaren]- Toutes les villes ont un marché, des greniers, non? Particulièrement une vile isolée comme celle-ci. On doit essayer de trouver les greniers. Je suis sûr qu'on y trouvera à manger. Les décombres ne sont pas encore ensevelis sous le sable. Avec ce vent, la catastrophe qui a touché cette ville s'est certainement produite il n'y a pas longtemps...

La sinayanne leur fit signe qu'ils devraient avancer, pointant vers ce qui semblait être le centre de la ville. Seren décida d'ouvrir la marche, suivi de Baaren, de la sinayanne et de Minaïa.

Jusqu'ici, personne ne se doutait à quel point la sinayanne était mal en point, mais remarquant que la sinayanne éprouvait certaines difficultés à avancer, Minaïa cria aux autres de ralentir pendant qu'elle allait supporter l'étrangère.

Le groupe s'enfonça donc pendant un moment vers le coeur de Fantangü. Malheureusement, pas de marché. D'un autre côté, pas de mauvaises rencontres non plus. À la mi-journée, n'ayant rien rencontré d'autres que des débris et n'ayant toujours pas trouvé le coeur de la ville, le groupe commençait à considérer l'option de rebrousser chemin afin de retourner à temps au Rover (c'est-à-dire, avant la tombée de la nuit). C'est à ce moment que Minaïa, qui était décidément douée pour l'obervation, remarqua le bâtiment qui s'élevait au loin parmi les décombres.

[Minaïa]- Hé! Vous voyez au loin là bas? On dirait qu'il y a un bâtiment intact!

De loin, ça ressemblait à une sorte de temple, mais sans aucun artifice. Un simple cube. Avait-il seulement une porte? Quoi qu'il en soit, il fallait prendre une décision : ou bien retourner au Rover, ou bien continuer jusqu'au bâtiment et courir le risque de se faire prendre par la nuit.

Évidemment, Seren voulut continuer et Minaïa voulut s'en retourner. Baaren était plus indécis. Son intuition, qui l'avait toujours guidé jusqu'ici, était quelque peu ambigüe à ce sujet. Il faut dire que les événements de la nuit dernière n'avaient rassuré personne. Quelles créatures vivaient dans ces décombres?

[Baaren]- Je crois que... on devrait rentrer au Rover et revenir explorer ce bâtiment demain.

[Seren]- Mais demain ça sera comme aujourd'hui! On va avancer jusqu'ici et on sera encore dans le même dilemme : continuer à avancer ou s'en retourner!

[Baaren]- À moins qu'on se sépare ?

[Minaïa]- Non! S'il-vous-plaît, père! Retournons au Rover!

Le trio se tourna alors vers la sinayanne, qui avait gardé le silence jusqu'ici...

dimanche 26 novembre 2006

Présage nocturne

Avant qu’il ne soit trop tard, la jeune femme alerta ses compagnons par un grand cri et les invita à regagner l’intérieur du Rover au plus vite.

-Quoi ?… Quoi ? Mais qu’avez-vous vu ? demanda la plus jeune.

Rien, rien, elle n’avait rien vue. Elle secoua la tête en grognant. Comment leur expliquer ? Tout ce qu’elle voyait de cette ville ressemblait trop à des horreurs dont elle avait déjà pu témoigner. Elle s’énervait, elle hésitait. Devrait-elle leur montrer les projections holographiques ? Triturant son voile d’un air incertain, elle se demandait si elle devrait l’enlever pour leur montrer ce qu’il advenait des survivants d’un tel désastre. Heureusement le plus vieux, sentant son trouble, vint à son aide. Il posa sa main sur son épaule et parla :

-« Je suis de l’avis de la Sinayanne. Mieux vaut attendre le jour avant de sortir. Nous ne savons pas dans quelle situation nous somme venu mettre le nez. Serait-il possible de cacher l’engin ? »

Oui, oui, tout de suite, exprima la conductrice par des signes. Elle alla s’enfermer dans la cabine et pilota jusqu’à l’ombre d’un grand mur, là où ils purent se dissimuler dans les décombres. Et là, ils attendirent. Assis en cercle, en silence dans l’habitacle du Rover, lequel portait encore suspendu les hamacs qu’elle y avait installé pour ses visiteurs.

L’étrangère distribua des rations et une goutte d’eau à chacun, ils mangèrent sans goût.

Pour s’alimenter, la Sinayanne alla s’enfermer dans le cockpit pour retirer ses voiles sans qu’on ne la voie, et ainsi avaler quelques nourritures. Laissant sa couchette au chef de famille, elle sommeillait sur son fauteuil de conducteur lorsqu’un mouvement attira son attention. Elle colla son œil sur la vitre. Oui, il y avait des formes qui bougeaient à l’extérieur. Elle éteignit toutes les lumières.

Des coups furent frappés sur les parois du Rover, puis des griffes s’y usèrent en vain. Un grand cri de rage (de douleur) puis, plus rien.

Transis, sans même oser parler, ils attendirent que le jour se lève.

L’aube pointa timidement ses raies écarlates. Nuls n’avaient trouvés le sommeil. Avant d’affronter la ville glauque, la jeune femme prit une lance étrange qui était accrochée au mur. Un bâton qui portait à son extrémité une pointe blanche vaguement luminescente. La batterie était presque morte et ne pouvait plus être rechargée complètement, mais avec son arme, la Sinayanne pourrait bien donner quelques décharges magnétiques avant d’avoir à se résoudre à ne l’utiliser que comme une simple trique. Mais aussi, et surtout, elle l’emmenait pour s’y aider à la marche. Affaiblit par la maladie, les carences et les nombreux cycles passés complètement sédentaire dans son Rover, elle n’était plus très en forme.

Briac

lundi 20 novembre 2006

Bienvenue à Fantangü

a Sinayanne était-elle bénie des dieux pour avoir enfin rencontré âme qui vive après avoir erré si longtemps ? Après tout, les trois humains venaient forcément d'un bourg qui n'était pas loin. Le problème, c'est qu'ils avançaient maintenant dans la direction opposée. En fait, le problème leur éclata au visage lorsque le Rover s'arrêta, un jour complet après que les curieux auto-stoppeurs eurent monté à bord.

C'était la nuit, froide et sans autre lumière que celle reflétée par les deux lunes et les étoiles lointaines. Tout le monde dormait du mieux qu'il pouvait dans ce véhicule qui était tout sauf un véhicule de plaisance. Minaïa fut la première debout.

- Ouais! On est arrivé!

Seren se réveilla lui aussi, tant bien que mal. Il ne put s'empêcher de décocher une petite flèche à l'endroit du paternel...

- Hum. Ça fait quoi, une journée, qu'on avance dans ce Rover ? Et toi qui disait qu'on arriverait bientôt alors que nous étions à pied! On serait certainement mort avant d'arriver si ce n'avait été de la Sinayanne!

Malgré la remarque de son fils, Baaren esquissa un sourire, ayant enfin le sentiment d'être arrivé à bon port. Tout le monde se réveilla donc d'une humeur assez bonne et se regroupa autour du poste de pilotage.

- "Il fait trop noir! On voit pas Fantangü!" se plaignit Minaïa, regardant par la fenêtre.

La Sinayanne s'approcha et, regardant à l'extérieur, eut une sueur froide... Personne ne le remarqua cependant. Elle se dirigea promptement vers le sas de sortie et l'ouvrit, puis sortit du Rover la première.

Minaïa courrut derrière elle tellement elle avait hâte de voir cette ville où elle pourrait exercer son talent. Sa surprise fut non moins grande que celle des deux autres qui sortirent peu après.

Fantangü, ville prospère, oasis de beauté au milieu du désert, n'était qu'un tas de ruines. Les merveilles architecturales qui faisaient sa réputation n'étaient qu'amas de pierres. Les jardins étaient inexistants. Les murailles qu'on disait impénétrables étaient éventrées de toutes parts.

Heureusement (ou malheureusement), la noirceur de la nuit empêchait le groupe de voir l'ampleur du désastre qui avait frappé cette ville. Qu'était-il arrivé? Depuis quand? Y avait-t-il des survivants? Que faire ? Pour l'instant, la déception empêchait quiconque de se poser ces questions, mais il faudrait bien se les poser et le plus tôt serait le mieux, dans un environnement inhospitalier comme celui-ci...

vendredi 17 novembre 2006

L’holovision

Plutôt découragée que les étrangers ne comprennent pas son langage, La Sinayanne tenta quand même par tous les moyens de tirer partie de la rencontre. Elle signifia à l’aîné du groupe de la suivre dans le cockpit, pour lui montrer sa boussole qui tournoyait comme une folle. Par ses gestes elle lui signifia que son Rover se dirigeait vers l’inconnu.

Avec un sourire entendu, l’humain fouilla dans son sac pour en sortir une boussole bien réglée. Il y indiqua de son doigt ce qui devait sans doute être les degrés où se situait leur destination.

Avec grande éloquence, l’étrangère lui signifia sa reconnaissance en louant le ciel. S’inclinant devant l’objet, elle tendit les mains pour le prendre et le déposa sur le tableau de bord avec une grande délicatesse, avant de régler la destination. Le Rover redémarra et le pilote automatique les conduirait à bon port.

Elle ne savait peut-être pas vraiment où elle allait, mais elle allait enfin à quelque part, ce qui n’était pas un moindre profit eut égard à la situation qui était la sienne seulement quelques instants plus tôt.

Mettant la main sur son cœur, elle dit : « Sinayanne »

L’autre comprit et se présenta de même.

Un cri les attira alors dans la cabine derrière. Les enfants avaient trouvé l’holovision et saluaient l’apparition qu’ils avaient provoquée comme un étrange miracle.

C’était des gens de son peuple. Ils avaient la peau bleue et les cheveux gris. Des tatouages blancs s’entortillaient sur une grande partie de la surface visible de leur anatomie. Les Sinayans, le peuple esclave. Ensuite, la silhouette s’efface pour faire place à celle d’un prêtre, plus grand, le derme gris, vêtu de rouge. Une voix atone parlait de la hiérarchie et du rôle des habitants de sa cité. Une noble Ektalvass fit place au hiérophante. Elle était blanche avec des cheveux couleur amande. Ses traits fins et ses yeux bridés témoignaient de son sang pur. Et ensuite les humains, aussi, oui, les humains qu’ils connaissaient parmi eux comme étant des marchands, ou des égarés.

La jeune fille et le garçon regardaient les personnages défiler la bouche grande ouverte de stupéfaction. La demoiselle voulut prendre les commandes et par mégarde fit apparaître une autre image : une explosion de lumière et un vaste nuage d’acide….. L’image disparut. La conductrice l’avait effacé. Elle ne voulait plus revoir le désastre, elle ne souhaitait pas qu’ils connaissent cela de son peuple.

Briac

jeudi 16 novembre 2006

Dans le Rover

uand la porte du Rover s'ouvrit, Minaïa eut un geste de recul. Après tout, qui aurait pu croire que le pilote de cet engin était pacifique après qu'il eut passé à un cheveu d'écraser son père ? Elle recula encore de quelques pas lorsque la Sinayanne sortit pour leur faire signe de monter. Ce fut Baaren qui, le premier, fit un pas en direction de l'inconnue. Il marcha tranquillement vers elle en faisant un salut universel jusqu'à ce qu'il soit face à face avec elle.

Après 20 ans passés dans la marine marchande, Baaren avait beaucoup voyagé et rencontré de nombreux clans, de nombreuses races. Pourtant, il n'arrivait pas à dire d'où provenait cette humanoïde. Ses habits, sa technologie, tout lui était inconnu. Il tenta la même formule de politesse que celle utilisée par le tenancier de la dernière auberge où ils avaient passé la nuit avant d'entreprendre cette traversée.

- "Bouchka, bon vent !" Lança-t-il, avec un sourire quelque peu forcé.

Pour réponse, le pilote murmura quelque chose d'incompréhensible, ni pour Barren, ni pour Seren qui se trouvait maintenant à côté. Parlaient-ils seulement la même langue? Difficile à dire, mais d'après les gestes de la Sinayanne, on comprit qu'elle invitait le trio à entrer dans son Rover.

Seren et Minaïa se lancèrent un regard incrédule mais suivirent finalement leur père à l'intérieur du Rover. Il y régnait une odeur qui répugna Mini au premier abord, mais avec un peu de chance, le pilote ne remarqua pas l'expression de dégoût qu'elle afficha peu après être entrée.

- "Je suis Barren", dit le père. "Voici mon fils Seren et ma fille Minaïa. Nous nous rendons à Fantangü, vous connaissez? "

Avant que l'inconnue ne puisse répondre, Baaren jeta un regard sévère sur Seren pour lui signifier qu'il n'était pas approprié à ce stade de la rencontre d'afficher ouvertement sa méfiance. Seren cessa de fixer l'inconnue et s'intéressa plutôt à un dispositif étrange encastré près du sas par où ils étaient entrés. Minaïa, quant à elle, s'était maintenant acclimatée à l'odeur du Rover et, comme son frère, examinait les différents bidules se trouvant dans le véhicule.

Arka

mardi 14 novembre 2006

la Sinayanne


Depuis combien de temps déjà? Un an? Non, plus d’un an. Le compteur s’était arrêté après 16 cycles. Ensuite, plus de temps. Et ça, c’était bien après que la boussole ne décide de devenir complètement folle. Donc plus de nord non plus. Au juste, elle tournait peut-être en rond depuis toute ces saisons, peut-être plus de deux ans, et ce sans même le savoir. Le paysage, toujours semblable, ne changeait jamais : des plaines mornes, un ciel sans couleur. Aucun point de repère.

Heureusement, la pile atomique tenait bon, le Rover pourrait encore maintenir l’allure durant encore quelques cycles. Il n’en était peut-être pas aussi certain de son conducteur…. Ou plutôt devrait-on dire « sa » conductrice. Au début, la solitude avait été un baume. Puis elle s’était appesantit, jusqu’à devenir une malédiction. Elle avait donc commencé à parler aux objets inanimés qui l’entouraient, et à leur donner des noms: le siège du copilote, le pilote automatique, le bras de vitesse, le radar et même ses bottes, pour ne pas perdre l’usage de la parole et du langage.

Tout bon docteur suggérait de ne pas se nourrir de rations déshydratées durant plus de quelques décades. Et elle n’avait mangé que cela depuis son départ. Les seules créatures qu’elle avait croisées étant trop pitoyables et inquiétantes pour qu’elle attente à leur vie dans la volonté de s’en nourrir. Diaphane et maigre à faire peur, au moins, elle tentait de conserver un dernier vestige d’humanité en veillant à maintenir une propreté impeccable de son milieu de vie. Il restait encore plusieurs centaines de rations. L’eau était recyclée et condensée à partir de l’air ambiant. Ce Rover avait une autonomie presque illimitée.

D’où était-elle partie ? Si au moins elle s’en souvenait, avait une carte. Elle devrait pourtant y retourner. Le mal la rongeait de plus en plus.

Le Rover fit une soudaine embardée et stoppa, précipitant la Sinayanne le nez contre le tableau de bord. « Des gens !!! » Elle n’en croyait pas ses yeux. Si cela n’avait été du pilote automatique, ils auraient certainement finit broyés sous les chenilles de son engin.

Ils étaient trois humains, beau et frais comme qui n’a jamais été exposés. Des personnes comme elle n’en avait vue depuis tellement longtemps.

Bénissant la vitre sans teint de son Rover qui n’avait pas permis aux étrangers de rencontrer son visage émacié et craquelé, elle se cacha sous d’épaisses lunettes et voila sa figure. Soulagée d’enfin rencontrer des gens sur son passage, elle en négligea toute méfiance. Prête à mourir depuis longtemps, dans le pire des cas, c’était un grand réconfort que de savoir qu’elle ne mourait pas seule. La Sinayanne alla ensuite ouvrir la porte pour les accueillir avec un empressement et un enthousiasme tels qu’ils en inspiraient presque la pitié.

Briac

lundi 13 novembre 2006

Premier contact

Dans un monde où la psychologie est le nom d'une maladie, où la science est à la magie ce que dans notre monde la magie est à la science, où les humains ne sont pas la seule race intelligente (et certainement pas les maîtres du monde!), bref dans un monde où tout est possible, les histoires fantastiques sont monnaie courante. Prenons par exemple ces trois humains qui se promèment dans une plaine désertique. Où vont-ils ? Pourquoi ? Pourquoi sont-ils là? Ces questions et bien d'autres trouveront leur réponse en temps et lieux. Commençons donc par faire connaissance!

Il y a tout d'abord Baaren, le plus vieux des trois, le plus sage, mais aussi le père des deux autres. À trente huit ans, il fait figure de vétéran. Il a survécu à tous les maux que les dieux des humains aiment habituellement jeter sur leurs créatures : guerres, famines, épidémies, etc. Il a jadis servi dans la marine marchande, ce qui explique son dégoùt pour la mer, dégoût dont il fait allègrement profiter qui veut l'entendre à chaque fois que l'occasion se présente.

- "Ah! La mer! La maudite mer!" dit-t-il justement tout haut.

- Qu'est-ce que tu racontes encore Baaren? Y a pas de mer ici! Tu délires!

Ça c'est Seren, le fils de Baaren. Faut-il le souligner, il se fait un devoir de ne jamais rater une occasion de questionner la sagesse de son père. À 20 ans, Seren possède la fougue, la beauté et la nonchalance des hommes de son âge. Bien sûr, il a la tête encore plein de rêves : il se voit d'ailleurs volontiers riche et puissant lorsqu'il aura atteint l'âge de Baaren, sans compter le fait qu'il sera un grand guerrier, un héros comme dans les légendes! Bref, Seren est un rêveur...

Un petit brin de femme ferme la marche.

- "Dis, Baaren, quand est-ce qu'on arrive ? J'ai soif!"

- "Bientôt, Mini, bientôt."

Minaïa est la cadette de la famille. Du haut de ses 17 ans, avec son habit aux couleurs chatoyantes, elle crée un certain contraste dans le paysage glauque qu'ils sont en train de traverser.

Minaïa possède un extraordinaire talent pour le chant. D'ailleurs, sa voix douce et angélique fait toujours le plaisir des riches bourgeois qui accepent de payer pour l'entendre. En fait, la petite qu'on surnomme affectueusement "Mini" est la principale source de revenus de la famille.

Le trio traverse présentement un no man's land qui leur est inconnu en vue de se rendre à un bourg quelque peu obscur mais où, dit-on, réside un seigneur très généreux envers les artistes.

- "Baaren... j'ai soif!"

- "Dis-donc, petite soeur, si tu parlais moins, tu économiserais ta salive et tu peut-être que tu aurais moins soif! Héhé"

-"Seren! Laisse-donc ta soeur tranquille et tends-lui donc ma gourde!"

-"Mais.. On ne devait pas utiliser cette gourde avant demain! Tu veux qu'on crève de soif avant d'arriver ?" dit Seren d'un ton un peu plaignard...

- "Quelque chose me dit qu'on est près du but." Répondit le père.

- "Merci Baaren!" dit Minaïa d'un air satisfait en arrachant la gourde des mains de son frère qui la lui tendait à contrecoeur, non sans lui avoir fait une grimace en passant. "Moi aussi je crois qu'on est près d.... attendez! Vous voyez ce que je vois à l'horizon?" Reprit-elle...

Arka