dimanche 17 décembre 2006

Dans le cube


Tambouriner sur la porte close en hurlant des insultes ne donnerait probablement rien, pourtant ce fut la seule chose qu’ils trouvèrent à faire. Réduits à l’impuissance. Le trio se blottit dans l’encoignure en faisant semblant de ne pas y être, en vain.

Mais lorsque tout eut les apparences d’une cruelle défaite, la porte s’ouvrit d’elle-même, projetant le père, sa fille et l’étrangère à l’intérieur.

Un intérieur sombre et lisse, comme les parois extérieures du cube. La porte se referma brusquement derrière eux dans un lourd vrombissement métallique, écrasant et coupant les mains des monstres qui les avaient suivit.

Lentement, une lumière leur dévoila l’endroit où ils étaient. Une sourde radiance verdâtre émanait des tuiles du plancher et des pans de mur, révélant une matière luisante et noire. Il leur montra aussi la silhouette de la Sinayanne, effondrée sur le sol. Épuisée par cette aventure, elle en avait perdu les sens.

Mais plus étrange encore, son corps rayonnait d’un éclat rouge. Baaren se pencha sur elle et retira le voile de son visage dans une volonté de lui permettre de mieux respirer. Mais, surpris, il recula tout d’abord en poussant une exclamation.

Elle avait la peau bleue, ce qui était déjà assez étrange en soi. Mais de plus son visage était craquelé comme s’il allait se fendre et tomber en poussière, ses traits creusés et cernés.

Et il se recula définitivement du corps lorsqu’une alarme pétrifiante retentit, donnant voix à un message aux accents froids s’exprimant ainsi : « Les sujets ne doivent pas entrer en contact avec le corps contaminé…. »

Une autre porte s’ouvrit et deux personnes en sortirent qui allèrent droit sur la jeune fille et son père. Ils n’eurent d’autre choix que d’obtempérer et de les suivre, laissant la Sinayanne derrière eux dans le sas.

Briac

lundi 11 décembre 2006

Sacrifice


Les créatures qui les assaillaient n'étaient certes pas très intelligentes, leur comportement se rapprochant de celui d'une bande de cafards, à l'exception qu'ils étaient incapables de grimper sur les murs. Heureusement pour la Sinayanne et les autres car c'est en grimpant sur un muret de pierres qu'ils avaient pu survivre jusqu'ici, après avoir constaté avec effroi qu'il leur était impossible d'atteindre la porte du cube, pourtant si près!


La nature faisant bien les choses - tout dépendant du point de vue -, les monstres commençaient déjà à se piétiner au pied du mur et bientôt, il y en aurait assez d'empilés pour que d'autres réussissent à atteindre les quatre larrons... C'est à ce moment que Seren décida de jouer les héros.


Avant que les autres ne réalisent ce qu'il allait faire, Seren sauta à pieds joints dans la marée qui les assaillait, le couteau à la main et hurlant comme un guerrier qui sait qu'il ne s'en sortira pas. L'effet de surprise fut des deux côtés. Avant que les prédateurs ne réalisent qu'une proie s'était jetée parmi eux, le jeune homme eut le temps de franchir une dizaine de mêtres, estropiant avec rage tout ce qui se trouvait sur son passage. Baaren cria lui aussi de rage et de tristesse à la vue de son propre fils en route vers une mort certaine... Car l'effet de surprise s'estompa et bientôt Seren fut le centre d'attention des centaines de monstres qui grouillaient dans le coin.


Dans la noirceur, malgré le reflet de la lune, on ne distinguait déjà plus Seren dans la foule. Baaren, qui se tenait debout, observant la scène, s'assit lourdement sur le muret, prenant sa tête entre ses mains en pleurant, imitant d'ailleurs Minaïa qui était déjà à ce stade.


Mais avant que ne lui vienne l'idée d'imiter son fils, la Sinayanne attrapa vigoureusement le bras de Baaren et lui montra que son sacrifice n'avait pas été vain : la horde cadavérique est momentanément occupée ailleurs ! "Il faut tenter notre chance jusqu'à la porte du cube! C'est notre unique chance de nous en sortir !" semblait-elle dire. Baaren comprit le message, remarquant lui aussi qu'ils n'étaient plus le centre d'intérêt. Il reprit son courage à deux mains, saisit Minaïa et, avant de sauter par terre, lui chuchota : "Mini! Nous courrons vers le cube MAINTENANT!" .


Jamais courir deux cent mêtres n'avait paru aussi long! Pourtant, ils réussirent à y arriver en un temps record. Mais leurs problèmes ne faisaient que commencer... la porte était bien entendue fermée et, pire, il ne semblait pas y avoir de mécanisme - comme par exemple une poignée - pour l'ouvrir! Pire encore, les créatures semblaient en avoir fini avec Seren car elles recommençaient déjà à se diriger vers leur festin initial, sauf que cette fois, le "festin" n'avait aucun muret pour leur échapper...



Arka

vendredi 1 décembre 2006

Le péril blême


Ils devaient bien se rendre à l’évidence, ils n’y arriveraient pas. Était-ce les palabres qui les avaient retardés? Ou le manque de mobilité de la Sinayanne ? Rien à faire. De toute façon, le soleil rougeoyant descendait maintenant dangereusement derrière les édifices mutilés. De dessous les pierres des mains et des griffes tâtonnaient en se frayant un chemin vers l’air libre. Tranquillement, peu à peu, les morts ressortaient de leur torpeur. Et ce soir là, ils sentaient le sang frais, la chair vive qui respirait, un divin arôme porté par le vent jusqu’à leurs narines écorchées, trouvant son chemin vers leur cerveau putréfié. Ce n’étaient pas les asticots fourmillant dans leur bouche qui réfléchissaient la pâle lumière crépusculaire, mais leur langue qui salivait.

Soudainement la jeune Mini poussa un hurlement strident. Son frère se précipita aux pieds de sa soeur et, à l’aide de sa dague ancestrale, trancha nette la main qui avait saisit la délicate cheville. La fille était sauve, indemne. Ils ne distinguèrent pas très bien les mouvements dans la pénombre, mais il leur sembla que la main coupée rampa jusque dans une crevasse pour aller se cacher.

Même pour la Sinayanne l’événement fit l’effet d’un coup de foudre et lui fouetta les sangs assez pour lui donner un vif regain d’énergie.

« Courrez ! » Cria-t-elle et même s’ils ne comprirent pas le sens de ce mot, nul ne se méprit sur sa signification.

À sa suite la petite famille se mit à galoper en direction du cube. Autour d’eux les combles grouillaient de vie. Le soleil était mort et ils ne devaient pas ralentir s’ils ne désiraient le rejoindre dans les abyssales profondeurs de l’enfer là ou, pourtant, il leur semblait déjà être.

Serait-ce l’éclat de la lune qui les trompait, ou leur semblait-il discerner une porte dans l’étrange Ka’ba qui les surplombait ? Oui, une porte, c’en était bien une. Tous leur regard s’y fixèrent et… mais… de noires silhouettes s’interposèrent entre leur but et eux. Pourtant ils n’étaient plus qu’à quelques deux cents mètres de l’atteindre. Si près…

Un autre chemin ? Non ! Horreur…. ! Il y en avait maintenant partout tout autour d’eux. Les monstres avançaient lentement, mais aucune brèche dans leur rangs. Ils étaient encerclés.

Sans espoir, le trio escalade un muret de pierre pour éviter les mains qui se tendaient vers eux, les dents qui mordaient le vide à quelques centimètres de leurs orteils. La Sinayanne tentait de les écarter en faisant des moulinets de son arme, imité par Baaren qui s’était trouvé une forme de pieu dans les décombres. Pour le moment, ils ne semblaient pas pouvoir monter jusqu’à eux. Mais dans quelques temps, lorsque suffisamment d’entre eux seraient tombés, piétinés par les autres qui leur grimperaient dessus…..

Briac