dimanche 28 janvier 2007

Le réveil

À la gauche de Baaren, dans un lit silencieux, est couchée une pensionnaire qu’il aurait pu reconnaître, si la meute de médecins s’en était écartée un instant pour lui en gratifier la vision. Plongée dans un profond sommeil, elle ignore encore tout de l’intérêt fébrile qu’elle suscite. Tel des rapaces voraces, la flotte de technophantes qui l’entoure ne se scinde rarement, que pour laisser place à de nouveaux acolytes. Et c’est par une de ces brèches furtives que Baaren la voit enfin.

Mais elle l’ignore. Pour trois jours encore elle gardera les yeux clos, alors que Baaren se sent inexorablement sombrer.

Froid…. Non ! Humide. On lui lave le visage avec un linge doux. Elle ouvre brusquement les yeux, veut tasser le linge de son visage mais ses bras sont entravés.

[Sinayanne]- Non, arrêtez ! Laissez-moi sortir !

Elle se tait, horrifiée. Son regard lui révèle une intimidante silhouette masquée qui repose calmement le mouchoir de tissus imbibé dans un bol d’eau étincelant.

Il lui parle, mais elle ne comprend rien. Il fait un mouvement de côté, révélant un diadème pourvu d’oreillettes qu’il lui pose sur la tête. Tout ce qu’on lui dit par la suite devient clair. Il vient de la coiffer d’un traducteur universel.

[Le docteur]- Tu n’es pas dangereuse, ni contagieuse. Si tu me promets de rester calme, je peux te détacher.

Elle acquiesce.

[Sinayanne]- Je suis malade ? Qu’est-ce que j’ai ?

[Le docteur]- Non, tu n’es pas malade, seulement très affaiblit par de graves carences. Ton organisme, pour une raison qui nous est inconnue, est immunisé contre le virus. Tu l’as en toi, mais tu as développé une défense qui t’empêche de devenir comme eux.

Ce disant il l’aida à se lever et lui montra l’un de ses compagnons de cellule. La portant à moitié, il l’emmena près du lit voisin.

L’homme était nu sous des couvertures maculées de sang et de sécrétions. Son regard fou ne fixait que le vide. Les muscles de son anatomie, durcis sous le derme parcouru de veines noires, étaient secoués par des crampes d’une obscure vigueur. La sinayanne crut se révulser complètement et s’effondrer sur le sol quand elle reconnu le moribond : Baaren.

Le docteur observait attentivement le visage de la jeune femme.

[Le docteur]- Ah ! Je me doutais bien que ce n’était pas un inconnu pour toi. Mais ne t’inquiète pas, grâce à toi, son malheureux état n’est sans doute que passager.

La sinayanne se laissa lourdement retomber sur une chaise au chevet de son ami.

Le docteur tâtait une poche suspendue au dessus du bras du malade alité, laquelle se vidait diligemment dans une veine brachiale de celui-ci.

[Le docteur]- Tu as de la chance, c’est le premier à qui on injecte le vaccin qu’on a pu synthétiser à l’aide de quelques gouttes de ton sang. Son état s’est déjà grandement amélioré. S’il suit la courbe prévue, ton ami devrait recouvrer une pleine conscience d’ici quelques heures. J’imagine que tu veux rester à ses côtés.

La femme à la peau bleue fit signe que oui.

Le docteur, qu’elle commençait presque à trouver sympathique, fit une petite révérence.

[Le docteur] Je dois vous laisser. Si vous avez besoin de quoi que ce soit (il montra une petite sonnette sur le mur) appuyez là-dessus et demandez le docteur Blakurst.

La Sinayanne regarda longuement les traits convulsés de Baaren. Le temps passa. Les lumières vertes du corridor s’éteignirent. On entendit plus que de loins en loins le bruit des conversations étouffées. Les râles des autres pensionnaires devinrent la seule clameur, s’ébrouant par vagues confuses à la frontière de l’audible. À l’extérieur du cube, la nuit était tombée et avec elle la sinayanne, qui s’était endormit la tête entre les bras sur un coin du matelas de son ami.

Briac

lundi 22 janvier 2007

L'aile Gamma

Le "sondage" s'avéra un véritable supplice. La pire épreuve fut probablement lorsqu'il se mit à pleuvoir un liquide violet et piquant à un point tel qu'il ne tarda pas à faire fondre tous les tissus que portaient les prisonniers, ne laissant intact que les objets métalliques. De toutes façons, ces objets leur furent confisqués lorsque d'autres acolytes vinrent chercher Baaren et sa fille une fois le sondage terminé. Sans même leur laisser le temps de se sécher ou de se couvrir, on les emmena dans une pièce où se trouvait un contrôleur-trieur. c'est-à-dire un acolyte en charge du tri des créatures prisonnières. Mais cela, Baaren et Minaïa l'ignoraient.

[Trieur]- Deux humanos...ils sont rares par les temps qui courent...


[Baaren]- S'il-vous-plaît, monseigneur! Permettez-moi de faire un coup de visiophone! Nous n'avons rien fait de mal et nous cherchons juste à nous en aller! Aidez-nous par pitié! Je dois appeler à Grande-Cité!


[Trieur]- Quel le contaminé soit envoyé dans l'aile Gamma.

Deux gardiens empoignèrent Baaren par les bras.


[Baaren]- Que...Contaminé? Moi? Hé! Lâchez-moi!


[Minaïa]- Papa non!


[Trieur]- Que la saine soit emmenée dans l'aile Sigma.


[Baaren]- Non! Attendez! Vous faites sûrement erreur! Non ne touchez pas à ma fille! Argh!


Un bon coup de bâton dans les côtes fit comprendre à Baaren qu'il ne servait à rien d'argumenter.


Minaïa fut emmenée, comme indiqué par le trieur, dans l'aile Sigma du cube, tandis que Baaren prenait le chemin de l'aile Gamma.


L'aile Sigma est très bien éclairée. Il n'y a cependant rien à voir d'autre que des murs remplis de hiéroglyphes... et d'autres "pensionnaires"... Au contraîre, l'aile Gamma est dans l'obscurité totale car ses "pensionnaires" sont contaminés par un mal étrange dont un symptôme malheureux est que leur chair brûle au contact de la lumière de l'astre et, dans une moindre mesure, au contact de toute lumière. Mais quand on considère le fait que la contamination amène également un état de monstrosité-morbide et un appétit pour la chair fraîche, la possibilité de mourir au contact de la lumière apparaît comme une délivrance!


Dans le noir, pensant à ses enfants perdus, à son propre sort qui n'est pas plus enviable, Baaren sombre peu à peu dans le désespoir... Ses pensées sont également troublées par les cris horribles que pousse un autre prisonnier, attaché dans le lit à sa droite. Pour ce dernier, plus rien à faire: il est dans la phase finale de la contamination et sa conscience l'a quitté depuis hier. Son corps est devenu plus ferme et ses muscles sont animés par une nouvelle force. Il se débattra pendant plusieurs heures avant qu'on entende le bruit de gardiens venant l'achever, du moins c'est ce qu'on pourrait croire...


Quel est le rôle du cube dans cette sois-disant contamination? Les acolytes semblent totalement en contrôle malgré le chaos qui règne à l'extérieur... et ils ont l'air d'en savoir beaucoup sur la catastrophe qui a frappé Fantangü...sans compter qu'ils sont antipathiques au possible!



Arka

La dénommée Lupka



[Jeune fille]- Mon nom c’est Lupka!

Elle était jolie.
Tout s’était passé si vite…..

[Seren]- Moi c’est Seren.

Si elle n’avait pas cet étrange oeil bio-mécanoïde en plein milieu du front, gros comme un œuf…
Elle venait de lui sauver la vie.

[Lupka]- Qu’est-ce que tu faisais ici ?

Il décida qu’elle était jolie tout de même, même avec son drôle d’œil. Mais clairement sous-alimentée et sale… très sale.
Au moment où il avait cru que tout était perdu, une petite main….

[Seren]- Je ne sais pas trop en fait. On était venu ici pour ma sœur.

… Une petite main l’avait tiré par l’arrière. Une main tenace, solide mais délicate.

[Lupka]- Ta sœur ? Et où est-elle maintenant ?

Il avait cru basculer dans un néant sombre, peut-être la mort. Mais la jeune fille avait refermé une lourde porte derrière eux. Les isolant définitivement des monstres qui les poursuivaient. Assise sous une petite fenêtre grillagée, elle ne prêtait aucune attention aux griffes sanglantes qui s’y agrippaient.

[Lupka]- Ne t’inquiète pas pour eux, elle désigna les mutants qui piochaient sur le treillis métallique. Ils finiront par oublier ce qu’ils faisaient là et s’en iront. Ils sont terribles, mais définitivement pas très malins.

Comme pour lui donner raison, la clameur s’étouffa progressivement pour laisser place à des plaintes lointaines.

[Seren]- Ma sœur ? Avec mon père et l’étrangère je crois. Dans le cube sûrement.

[Lupka]- Dans le cube ? Pour eux, j’espère bien que non.

[Seren]- Quoi ? Pourquoi ?

[Lupka]- Tu crois que je préférerais vivre à l’extérieur, dans un conteneur à déchets, si c’était vraiment mieux dans le cube ? C’est là qu’ils m’ont fait ça, elle pointa l’œil qui s’ouvrait dans le milieu de son front.

[Seren]- Quoi ? Alors qu’est-ce qu’on fait ?

[Lupka]- Comment vous êtes venus ici, à pieds ? D’où vous venez ?

Briac

samedi 6 janvier 2007

Réminiscence



Froid, frrroooid… C’était la sensation du carrelage sur sa joue, depuis que Baaren lui avait enlevé son voile. Elle lui en était reconnaissante, elle pouvait maintenant mieux respirer. Si seulement elle avait la force de lui dire merci, ou au moins d’ouvrir les yeux pour voir cet endroit, cette étrange salle noire d’abonyx. Non, lutter contre l’évanouissement lui prenait toutes ses forces. Et pourtant…. Elle sentait une sourde chaleur irradier dans ses membres. C’était le sceau de détection interne qui la marquait d’un nimbe rouge, signifiant ainsi qu’elle était aux derniers retranchements de ses défenses immunitaires avant d’être irrémédiablement contaminée. Mais cela, elle l’ignorait.

Elle entendit les pas de ses compagnons s’éloigner. Noooon ! non ! Restez ! Ne me laissez pas seule !

Ensuite des semelles métalliques battirent le sol jusqu’à elle. Des mains vigoureuses, gantées d’acier et revêtue d’un ample vêtement qui ne produisait pas un bruit naturel en chuintant, la saisirent et la relevèrent. Elle sentit un souffle sur son visage, une main dure tâtait sa peau. Des mots prononcés, incompréhensibles… une odeur… elle tomba. Tomba longtemps, tomba lentement et se réveilla…

Dans la maison de ses maîtres, les dortoirs étaient confortables, l’usine était bien surveillée, la nourriture était équitable. Elle aurait pu tomber plus mal, elle le savait. Mais elle aurait aussi pu naître noble, ou prêtresse du vide. Non, rien de tout cela, elle était esclave, le matricule 606-KV. Mais ce n’était pas son vrai nom, son nom secret. Celui que son peuple lui avait donné lors de la cérémonie d’initiation. On lui avait aussi révélé la nature de son don. Elle aurait le pouvoir de survivre et de résister à … à quoi?

Mais je rêve…. Oui, je rêve, je ne suis plus ici. (Elle en prenait conscience)

J’ai besoin d’aide. Mais nul ne pouvait l’aider. Ils ne la voyaient pas.

Elle revit ce jour. Le matin où l’explosion barbouilla le ciel de rouge en pleurant un orage de sang, semant le chaos et la désolation. Elle restait debout, sans douleur autre que le désespoir. Tout se détraqua avec l’essaimage intempestif de l’agent biologique mutagène. Que s’était-il passé ? Des yeux poussaient sur les murs qui, en éclatant, crachaient de l’acide. Les animaux se débattaient sur le sol en proie à tant de souffrance qu’ils en répandaient leurs entrailles tout autour d’eux en retournant leur propre peau comme un gant. Les Sinayans ne se réveillaient pas, ou ceux qui le firent retombèrent bien vites. Quand ils se relevèrent, ils étaient autres.

Elle reprit conscience enfin, voulut se redresser sur son lit mais… non, on l’y avait attachée.

Briac

jeudi 4 janvier 2007

Le sondage


Baaren et Minaïa n’eurent d’autre choix que d’obtempérer et suivre les étrangers, laissant la Sinayanne derrière eux en s'engouffrant dans le sas par lequel les étrangers étaient entrés. Baaren tenta de parler aux deux individus qui les menaient mais rien n'y fit.


Ils arrivèrent dans une pièce plus large. Un des étrangers leur fit signe d'entrer par une petite porte qui s'ouvrit silencieusement.




Baaren se fâcha, refusant d'obtempérer :


[Baaren]- Qu'est-ce que c'est que ça ? Vous ne croyez pas qu'on va faire tout ce que vous dites comme ça sans rien dire? D'abord qui êtes vous ? Qu'est-ce qui va arriver à la femme qui était avec nous ? Dites, vous m'écoutez?


[l'étranger, d'une voix métallique]- Silence ! Nous sommes les gardiens du temple et tu vas bientôt être sondé. Maintenant, entre dans ce sas si tu veux vivre!


[Baaren]- Gardiens du temple ? Donc nous sommes bien dans un temple!


[Minaïa]- Vous savez ce qui se passe dehors? Pourquoi les gens y sont fous?


[gardien]- Silence!


Le gardien poussa vigoureusement Minaïa vers la petite porte (ce à quoi elle répliqua non moins vigoureusement par un "Aïe! Ça va pas non??"). Avant que Baaren ne puisse réagir, l'autre gardien le piqua avec un petit instrument sur lequel était gravé un sceau magique. Baaren stoppa net puis s'écroula lourdement par terre, sonné. On le traîna dans la petite pièce et on l'y abandonna avec Minaïa.


La petite porte se refermât et tout devint noir.


Un petit vrombissement se fit entendre. La salive des deux prionniers commença a avoir un goût métallique. Le vrombissement gagna en intensité. Puis, une lumière bleutée apparut, aveuglant momentanément Baaren et Minaîa. La lumière s'éteignit après quelques secondes, mais le calvaire - ou étais-ce la salvation ? - ne faisait que commencer...