mercredi 28 février 2007

Lupka raconte (2)

Dès que le soleil pointa timidement ses premiers rayons au travers le grillage du conteneur à déchet qui les abritaient, Lupka et Seren sortirent à l’extérieur. Une aurore étrange baignait les lieux, comme du sang répandu sur les ruines. Seren frissonna, mais il n’avait pas froid. Il serra sa dague dans son poing en entendant des grattements sourds provenant des combles avoisinants.

[Lupka]- Ne t’inquiète pas. Ils ne sortent jamais durant le jour.

Elle pointa ses lunettes de vue longue portée tout autour d’elle et les resserra ensuite en poussant un long soupir appréciateur.

[Lupka]- Si nous allons dans cette direction aujourd’hui, nous trouverons sûrement de quoi manger.

[Seren]- Mais le Rover est dans cette direction.
Il pointa l’opposé.

[Lupka]- Tu en es sûr ?

[Seren]- Oui, il est au pied d’une haute tour de pierres rouges. Et nous somme passés sous cette arche par là, je m’en souviens.

[Lupka]- La tour dont tu parles, ça ne peut-être que la grande porte nord. On la verra si on grimpe là-dessus.

Tout en cheminant, Lupka reprit le récit qu’elle avait amorcé la veille.

« Cela fait quelques semaines que c’est comme ça ici. Pas tout à fait un cycle. Mais moi je suis sortit du cube depuis presque un an. J’ai pas encore réussis à sortir de la ville pour aller ailleurs. Je me serais fais reprendre aux portes et on ne peut pas passer par-dessus les murs. Du moins, avant on ne pouvait pas. Maintenant, à quoi ça servirait de toute façon ? Pour aller où ? Toi tu viens de loin ? Tu es déjà allé à grande cité ? Est-ce que tu crois que c’est comme ça partout ? Enfin, en tout cas, laisse tomber.

J’ai pas non plus encore réussis à passer clandestine. C’est pas facile. Et on raconte plein d’horreurs à propos de ceux qui se font arrêter. Alors je vis comme ça, un peu partout, un peu n’importe comment. J’ai pas connue ma famille, je sais pas qui ils sont, mais j’essayais de les retrouver quand tout ça c’est arrivé. Des fois, je me demande si je suis pas la seule qui s’en est sortit. Ou les autres sont partis. Mais t’es la première personne que je rencontre.»

Ils étaient enfin parvenus en haut de la colline et pouvaient ainsi avoir une très bonne vue de l’ensemble de la ville. Seren prit conscience qu’elle était beaucoup plus grande qu’il ne l’avait cru. Et au loin, il y avait une mer dont l’horizon se perdait dans l’infinie.

[Seren]- Où ça mène cette mer ?

[Lupka]- Comment veux-tu que je le sache ?

[Seren]- Il y a des bateaux ?

[Lupka]- Mais oui, il y a des bateaux. Tu les vois là bas, tous beaux tous propres, prêts à partir. Tu crois que les monstres peuvent les piloter ? Et toi ?

[Seren]- Non, pas moi. Mon père oui mais, ça ne lui plaira peut-être pas. Par contre ça serait un bon moyen de sortir d’ici.

[Lupka]- Sauf que pour ça, il faut commencer par retrouver ton père.


Briac

lundi 26 février 2007

Les fugitifs

Lorsque Baaren ouvrit les yeux, tout était noir. Évidemment, puisqu'il venait de passer un certain temps dans le monde de l'inconscient, mais aussi parce que la salle où il se trouvait n'était pas éclairée. Peu à peu, il recouvra la vue, ce qui lui permit de distinguer une silhouette recroquevillée sur une chaise à son chevet, la Sinayanne! Libre! Il voulut se lever mais en fut empêché par les sangles qui retenaient ses membres.

[Baaren]- Mon amie! Qu'est-ce qui se passe ? Que t'ont-ils fait ?

Pourvu du diadème de traduction universelle offert par le docteur Blakurst, la Sinayanne comprenait maintenant tout ce que lui disait Baaren. Elle posa gentiment sa main sur le front de Baaren. "Je n'ai rien, et tu es guéri maintenant" semblait-elle vouloir dire.

[Baaren]- Il faut filer d'ici!

Elle acquiesca. Les sangles auxquelles était attaché Baaren étaient extrèmement solides, mais d'un autre côté, elles étaient faciles à enlever pour un docteur. La sinayanne ne se fit donc pas prier pour libérer son ami. Elle songea un instant à appeler le docteur Blakurst, mais se ravisa.

Une fois libéré, les deux comparses empruntèrent le couloir par où ils avaient été emmenés, laissant à leur triste sort les autres "cobayes" de l'aile Gamma.

[Baaren]- Je me rappelle que le trieur a envoyé ma fille dans une aile nommée Sigma. Il faut y aller !

Ça n'était pas si simple. Personne ne connaissait le plan du cube. De plus, ils ne tarderaient sûrement pas à se faire repérer et, à en juger par les acolytes qu'ils avaient rencontrés jusqu'ici (à l'exception peut-être de Blakurst), ces derniers n'hésiteraient certainement pas à les tuer, pour des raisons de sécurité.

On entendit quelqu'un marcher dans le couloir, dans leur direction. Que faire ? Sans réfléchir, la sinayanne entraîna Baaren dans une pièce qui donnait sur le couloir. Dans cette pièce, un docteur semblait faire une expérience sur un cobaye inconscient. Au moment où les deux fugitifs firent irruption dans la pièce, le docteur en échappa son pistolet à injection, bouche bée. Avant qu'il ne puisse pousser un cri, Baaren le saisit à la gorge, poussé par une rage meurtrière inconnue jusqu'ici. La sinayanne s'empressa de ramasser le pistolet à injection et se colla sur le mur près de la porte, guettant toute intrusion. Avant que Baaren n'eut fini d'étrangler le docteur, l'acolyte qui se promenait dans le couloir fit irruption dans la pièce, intrigué par les bruits saccadés qu'il avait entendu. Sa surprise fut telle qu'il ne remarqua pas la sinayanne et cette dernière lui injecta toute la dose contenue dans le pistolet avant qu'il ne s'attaque à Baaren. L'acolyte tomba alors violemment par terre et fut pris de convulsions pendant quelques minutes, avant de pousser son dernier souffle.

La situation devenait maintenant plutôt dramatique. Que faire ? Après un moment de réflexion, les deux fugitifs en vinrent à la conclusion que la meilleure tactique était de prendre la place des deux moribonds en subtilisant leurs vêtements. Les masques qu'ils portent sont un atout pour qui désire passer inaperçu dans cet endroit. Il faut aussi se débarasser des corps... Par chance, la pièce où ils se trouvent compte plusieurs civières libres. On y installa les deux corps et on les y attacha. Avant que les autres ne se rendent compte du subterfuge, peut-être que Baaren et la sinayanne auront le temps de s'enfuir. Mais avant tout, retrouver Minaïa.



Arka

dimanche 11 février 2007

L'aile Sigma

Dans un geste de pudeur, les gardiens lui donnèrent une couverture et quelques guenilles pour qu'elle puisse couvrir sa nudité avant de l'enfermer dans l'aile Sigma avec les autres sujets "sains". Pourtant, ce n'est pas par gêne que Minaïa s'est aussitôt recroquevillée dans le premier coin venu. Non, c'est plutôt la tristesse d'avoir perdu sa famille, à commencer par son frère Seren et, maintenant, son père Baaren à qui on a diagnostiqué la "maladie".

Quoique bien éclairée, cette aile n'en est pas moins angoissante avec tous ces hiéroglyphes gravés sur les murs et tous ces inconnus qui les sillonnent, le regard vide. Il ne s'agit pas d'un endroit où on garde les gens en quarantaine puisque tous ceux qui s'y trouvent ont passé avec succès le "sondage", pénible épreuve qui a résulté en la séparation de Baaren et sa fille. Pas besoin d'être devin non plus pour deviner que la majorité des pensionnaires sont des humains qui viennent du coin. On les a probablement "capturés" il y a quelques mois (quelques semaines peut-être?) car à part les voyageurs égarés, Fantangü est maintenant une ville fantôme, peuplée de monstres.

Petite, adorable, frêle, fragile, douce, tous les qualificatifs de ce genre s'appliquaient à merveille à Minaïa, du moins jusqu'à aujourd'hui, car quelque chose allait changer chez elle, dans son être le plus profond. Elle l'ignorait encore lorsqu'un petit garçon âgé d'environ sept ans, lui aussi prisonnier, vint la voir et se mit à lui parler avec une naïveté qui rappela à Minaïa les derniers moments de bonheur passés avec sa mère avant que cette dernière ne quitte définitivement leur famille, il y a de cela environ 10 ans.

Touchée par la candeur du petit bonhomme qui ne réalisait certainement pas la gravité de leur situation, Minaïa offrit de lui chanter une berceuse afin qu'il puisse dormir. Elle commença tout doucement, et bientôt son chant réconfortant se fit entendre dans toute l'aile Sigma. Le brouhaha habituel causé par les déplacements incessants des pensionnaires finit par se taire et on entendit plus que le chant merveilleux de sa voix angélique.

Pour Minaïa, la vie ne serait plus jamais la même. Cette mélodie qu'elle chanta de toute son âme marquait la fin de la petite fille fragile qu'elle était jusqu'à ajourd'hui. Maintenant, elle serait forte, aussi forte que son père l'a été. Elle serait impitoyable, aussi impitoyable que ce monde dans lequel elle se trouve. Et elle s'évaderait de cette prison! D'ailleurs, sans le savoir, elle avait gagné la sympathie de tous les pensionnaires, son chant ayant réveillé leurs esprits morts...


Arka

dimanche 4 février 2007

Lupka raconte (1)



[Seren]- On est venu ici à pieds, dit-il pour répondre à la question de Lupka. Du moins, au début. Ensuite, on a rencontré une drôle de femme qui semble venir de l’autre bout du monde et on l’a accompagné dans son appareil. Mais là elle est dans le cube, avec les autre. Et en fait, c’est quoi le cube ?

Lupka baissa la tête et prit un grand respire avant de commencer son récit :

Je suis née comme ça, commença-t-elle en pointant l’œil sur son front. Sauf que mon troisième œil ne voyait rien. Quand j’ai été assez grande, ils m’ont rajouté un implant biomécanique pour me permettre de l’utiliser. Maintenant, grâce à ça, je peux voir dans le noir, et des fois au travers des murs. Mais c’est la seule chose de positif que j’ai à raconter au sujet du cube.

Dans le fond, c’est un habitacle, un endroit où on envoie tout ceux qui naissent mutant ou avec un handicap. Et il y en a beaucoup. Ensuite, on ne ressort jamais du cube. Et là ils font des recherches et des expériences. Je crois qu’ils disent vouloir tenter de rendre l’homme meilleur. De faire un corps humain très fort et invulnérable. Mais tout ce qu’ils ont réussi à fabriquer pour le moment, c’est ça, elle désigna le monde autour d’elle.

On n’est pas sûrs, mais on raconte que la maladie qui a détruit la ville provient du cube.

Moi je crois que c’est vrai.

Les docteurs dans le cube sont vraiment épeurant. Ils portent tous des masques, des armures et des grandes robes pour cacher leurs difformités. Ces appareils qu’ils revêtent sont conçus pour les maintenir en vie. Ils doivent respirer des gaz spéciaux et ils sentent bizarre. Mais les pires, ce sont les prêtres. Eux, ils ont l’air plus normaux que les technophantes, mais ce n’est qu’en façade.

Les acolytes sont des fanatiques. Dans le fond, les deux ordres travaillent ensemble. Mais les docteurs respectent la vie, cela fait partie de leur code. Les prêtres eux, n’ont pas de codes, ils n’adorent que leur dieu et ils ont des pouvoirs….

La jeune fille frissonna et refusa d’en dire plus sur ce sujet pour l’instant.

Elle proposa de dormir un peu car demain, s’ils voulaient manger, ils devraient se lever avec le soleil.

Briac