L'aile Sigma
Dans un geste de pudeur, les gardiens lui donnèrent une couverture et quelques guenilles pour qu'elle puisse couvrir sa nudité avant de l'enfermer dans l'aile Sigma avec les autres sujets "sains". Pourtant, ce n'est pas par gêne que Minaïa s'est aussitôt recroquevillée dans le premier coin venu. Non, c'est plutôt la tristesse d'avoir perdu sa famille, à commencer par son frère Seren et, maintenant, son père Baaren à qui on a diagnostiqué la "maladie".
Quoique bien éclairée, cette aile n'en est pas moins angoissante avec tous ces hiéroglyphes gravés sur les murs et tous ces inconnus qui les sillonnent, le regard vide. Il ne s'agit pas d'un endroit où on garde les gens en quarantaine puisque tous ceux qui s'y trouvent ont passé avec succès le "sondage", pénible épreuve qui a résulté en la séparation de Baaren et sa fille. Pas besoin d'être devin non plus pour deviner que la majorité des pensionnaires sont des humains qui viennent du coin. On les a probablement "capturés" il y a quelques mois (quelques semaines peut-être?) car à part les voyageurs égarés, Fantangü est maintenant une ville fantôme, peuplée de monstres.
Petite, adorable, frêle, fragile, douce, tous les qualificatifs de ce genre s'appliquaient à merveille à Minaïa, du moins jusqu'à aujourd'hui, car quelque chose allait changer chez elle, dans son être le plus profond. Elle l'ignorait encore lorsqu'un petit garçon âgé d'environ sept ans, lui aussi prisonnier, vint la voir et se mit à lui parler avec une naïveté qui rappela à Minaïa les derniers moments de bonheur passés avec sa mère avant que cette dernière ne quitte définitivement leur famille, il y a de cela environ 10 ans.
Touchée par la candeur du petit bonhomme qui ne réalisait certainement pas la gravité de leur situation, Minaïa offrit de lui chanter une berceuse afin qu'il puisse dormir. Elle commença tout doucement, et bientôt son chant réconfortant se fit entendre dans toute l'aile Sigma. Le brouhaha habituel causé par les déplacements incessants des pensionnaires finit par se taire et on entendit plus que le chant merveilleux de sa voix angélique.
Pour Minaïa, la vie ne serait plus jamais la même. Cette mélodie qu'elle chanta de toute son âme marquait la fin de la petite fille fragile qu'elle était jusqu'à ajourd'hui. Maintenant, elle serait forte, aussi forte que son père l'a été. Elle serait impitoyable, aussi impitoyable que ce monde dans lequel elle se trouve. Et elle s'évaderait de cette prison! D'ailleurs, sans le savoir, elle avait gagné la sympathie de tous les pensionnaires, son chant ayant réveillé leurs esprits morts...
Arka
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