Le réveil
À la gauche de Baaren, dans un lit silencieux, est couchée une pensionnaire qu’il aurait pu reconnaître, si la meute de médecins s’en était écartée un instant pour lui en gratifier la vision. Plongée dans un profond sommeil, elle ignore encore tout de l’intérêt fébrile qu’elle suscite. Tel des rapaces voraces, la flotte de technophantes qui l’entoure ne se scinde rarement, que pour laisser place à de nouveaux acolytes. Et c’est par une de ces brèches furtives que Baaren la voit enfin.Mais elle l’ignore. Pour trois jours encore elle gardera les yeux clos, alors que Baaren se sent inexorablement sombrer.
Froid…. Non ! Humide. On lui lave le visage avec un linge doux. Elle ouvre brusquement les yeux, veut tasser le linge de son visage mais ses bras sont entravés.
[Sinayanne]- Non, arrêtez ! Laissez-moi sortir !
Elle se tait, horrifiée. Son regard lui révèle une intimidante silhouette masquée qui repose calmement le mouchoir de tissus imbibé dans un bol d’eau étincelant.
Il lui parle, mais elle ne comprend rien. Il fait un mouvement de côté, révélant un diadème pourvu d’oreillettes qu’il lui pose sur la tête. Tout ce qu’on lui dit par la suite devient clair. Il vient de la coiffer d’un traducteur universel.
[Le docteur]- Tu n’es pas dangereuse, ni contagieuse. Si tu me promets de rester calme, je peux te détacher.
Elle acquiesce.
[Sinayanne]- Je suis malade ? Qu’est-ce que j’ai ?
[Le docteur]- Non, tu n’es pas malade, seulement très affaiblit par de graves carences. Ton organisme, pour une raison qui nous est inconnue, est immunisé contre le virus. Tu l’as en toi, mais tu as développé une défense qui t’empêche de devenir comme eux.
Ce disant il l’aida à se lever et lui montra l’un de ses compagnons de cellule. La portant à moitié, il l’emmena près du lit voisin.
L’homme était nu sous des couvertures maculées de sang et de sécrétions. Son regard fou ne fixait que le vide. Les muscles de son anatomie, durcis sous le derme parcouru de veines noires, étaient secoués par des crampes d’une obscure vigueur. La sinayanne crut se révulser complètement et s’effondrer sur le sol quand elle reconnu le moribond : Baaren.
Le docteur observait attentivement le visage de la jeune femme.
[Le docteur]- Ah ! Je me doutais bien que ce n’était pas un inconnu pour toi. Mais ne t’inquiète pas, grâce à toi, son malheureux état n’est sans doute que passager.
La sinayanne se laissa lourdement retomber sur une chaise au chevet de son ami.
Le docteur tâtait une poche suspendue au dessus du bras du malade alité, laquelle se vidait diligemment dans une veine brachiale de celui-ci.
[Le docteur]- Tu as de la chance, c’est le premier à qui on injecte le vaccin qu’on a pu synthétiser à l’aide de quelques gouttes de ton sang. Son état s’est déjà grandement amélioré. S’il suit la courbe prévue, ton ami devrait recouvrer une pleine conscience d’ici quelques heures. J’imagine que tu veux rester à ses côtés.
La femme à la peau bleue fit signe que oui.
Le docteur, qu’elle commençait presque à trouver sympathique, fit une petite révérence.
[Le docteur] Je dois vous laisser. Si vous avez besoin de quoi que ce soit (il montra une petite sonnette sur le mur) appuyez là-dessus et demandez le docteur Blakurst.
La Sinayanne regarda longuement les traits convulsés de Baaren. Le temps passa. Les lumières vertes du corridor s’éteignirent. On entendit plus que de loins en loins le bruit des conversations étouffées. Les râles des autres pensionnaires devinrent la seule clameur, s’ébrouant par vagues confuses à la frontière de l’audible. À l’extérieur du cube, la nuit était tombée et avec elle la sinayanne, qui s’était endormit la tête entre les bras sur un coin du matelas de son ami.
Briac
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