mardi 14 novembre 2006

la Sinayanne


Depuis combien de temps déjà? Un an? Non, plus d’un an. Le compteur s’était arrêté après 16 cycles. Ensuite, plus de temps. Et ça, c’était bien après que la boussole ne décide de devenir complètement folle. Donc plus de nord non plus. Au juste, elle tournait peut-être en rond depuis toute ces saisons, peut-être plus de deux ans, et ce sans même le savoir. Le paysage, toujours semblable, ne changeait jamais : des plaines mornes, un ciel sans couleur. Aucun point de repère.

Heureusement, la pile atomique tenait bon, le Rover pourrait encore maintenir l’allure durant encore quelques cycles. Il n’en était peut-être pas aussi certain de son conducteur…. Ou plutôt devrait-on dire « sa » conductrice. Au début, la solitude avait été un baume. Puis elle s’était appesantit, jusqu’à devenir une malédiction. Elle avait donc commencé à parler aux objets inanimés qui l’entouraient, et à leur donner des noms: le siège du copilote, le pilote automatique, le bras de vitesse, le radar et même ses bottes, pour ne pas perdre l’usage de la parole et du langage.

Tout bon docteur suggérait de ne pas se nourrir de rations déshydratées durant plus de quelques décades. Et elle n’avait mangé que cela depuis son départ. Les seules créatures qu’elle avait croisées étant trop pitoyables et inquiétantes pour qu’elle attente à leur vie dans la volonté de s’en nourrir. Diaphane et maigre à faire peur, au moins, elle tentait de conserver un dernier vestige d’humanité en veillant à maintenir une propreté impeccable de son milieu de vie. Il restait encore plusieurs centaines de rations. L’eau était recyclée et condensée à partir de l’air ambiant. Ce Rover avait une autonomie presque illimitée.

D’où était-elle partie ? Si au moins elle s’en souvenait, avait une carte. Elle devrait pourtant y retourner. Le mal la rongeait de plus en plus.

Le Rover fit une soudaine embardée et stoppa, précipitant la Sinayanne le nez contre le tableau de bord. « Des gens !!! » Elle n’en croyait pas ses yeux. Si cela n’avait été du pilote automatique, ils auraient certainement finit broyés sous les chenilles de son engin.

Ils étaient trois humains, beau et frais comme qui n’a jamais été exposés. Des personnes comme elle n’en avait vue depuis tellement longtemps.

Bénissant la vitre sans teint de son Rover qui n’avait pas permis aux étrangers de rencontrer son visage émacié et craquelé, elle se cacha sous d’épaisses lunettes et voila sa figure. Soulagée d’enfin rencontrer des gens sur son passage, elle en négligea toute méfiance. Prête à mourir depuis longtemps, dans le pire des cas, c’était un grand réconfort que de savoir qu’elle ne mourait pas seule. La Sinayanne alla ensuite ouvrir la porte pour les accueillir avec un empressement et un enthousiasme tels qu’ils en inspiraient presque la pitié.

Briac

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