samedi 3 mars 2007

Le tétragramme du cube


Baaren et la Sinayanne, vêtus des oripeaux de technophantes qu’ils venaient de ramasser, erraient dans les couloirs en faisant doucement semblant de ne pas y être. Ils devaient bien s’y rendre à l’évidence, le Cube était un véritable labyrinthe. Comment y retrouver l’aile Sigma ? La Sinayanne était inconsciente lorsqu’on l’avait emmenée, elle n’avait donc aucune idée du chemin à emprunter. Et, selon toute évidence, les souvenirs de Baaren étaient confus aussi mais…

[Baaren]- Je sens son odeur. Elle est par là bas.

[Sinayanne]- Tu…. Vraiment ?

[Baaren]- Oui. Ce n’était pas comme ça avant mais maintenant oui. Chut ! On vient. Ne parle pas, on te reconnaîtra.

Deux silhouettes empressées, semblables à eux, les croisèrent dans les corridors en gesticulant.

[Les docteurs]– Qu’est-ce que vous faites là ? On vous cherche partout. La cérémonie d’initiation a déjà commencée. Allez, venez.

Ne trouvant pas de mots pour se défiler, ils se laissèrent entraîner par les autres, se disant qu’ils leurs fausseraient compagnie au premier moment venu.

Les deux docteurs s’engouffrèrent dans une porte attenante mais lorsque notre duo fit mine de les suivre, ils furent refoulés.

[Docteur]- Non, prenez votre loge là-bas mais qu’est-ce qui vous prend ? La nôtre est déjà pleine allez. Si vous voulez voir Chloryx, ce sera pour une prochaine fois.

Baaren haussa les épaules et s’en retourna dans la direction indiquée. À ce moment là, ils auraient pu continuer leur chemin à la recherche de la progéniture perdue. Mais la tentation était trop forte. Ils se consultèrent du regard et se décidèrent à franchir le pas, mal leur en prit.

Ils se trouvaient donc sur un petit balcon. Par chance, ils en étaient les seuls occupants. À leurs pieds, une immense salle remplit d’ombres masquées avec en son milieu, une estrade circulaire. Un homme au visage vide s’y trouvait, levant les bras au ciel en formulant des imprécations auxquelles la foule répondait par un dictat monotone. Dans le centre de l’étoile formée par les pans de la tribune se trouvait une femme nue qui semblait plongée dans l’extase.

À un signe du célébrant, les fervents se mirent à scander un slogan de plus en plus fort et de plus en plus vite. L’obscure résonance qui en résultat s’immisçait entre chacune des fibres du cerveau pour les faire vibrer à un rythme assourdissant. Juste comme la Sinayanne avait l’impression que son crâne exploserait, le prêtre officiant se dirigea vers la victime, plongea sa main nue dans son ventre et la ressortie maculée de sang et d’entrailles.

La Sinayanne sentit un liquide chaud sortir de ses oreilles et de son nez. Elle courba la tête et serait tombée par-dessus la rambarde si son ami ne l’avait pas rattrapée.

Ils sortirent précipitamment et Baaren déposa la jeune femme sur le sol, lui enlevant son masque d’un seul geste.

[Baaren] – Je l’ai sentis moi aussi, mais ça ne m’a pas touché.

De sa lourde tunique, il tentait de nettoyer le sang qui maculait le visage de son amie, laquelle pleurait en tremblotant.

[Baaren]- Est-ce que ça va aller ?

[Sinayanne]- Oui, ça va déjà mieux, c’est passé. Il y a vraiment une entité démoniaque parmi eux.

Elle remit son masque et se leva, chancelante.

[Baaren] – Il faut partir au plus vite. Il y a quelque chose de mauvais ici, et « il » sait maintenant que nous sommes libres. Il faut profiter que la cérémonie n’est pas encore finit pour filer. Suis-moi, Minaïa est par là.

Briac

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